Le terme «logistique » recouvre des interprétations très diverses. Cela
va du simple «transport » jusqu'à une science interdisciplinaire combinant ingénierie, micro économie et théories d'organisation.
Il s'agit d'un mot aux multiples acceptations voisines les unes des autres. Tout essai de
définition doit faire la synthèse de toutes ces acceptations et l'ensemble devient
trop large. Nous pouvons essayer de définir le terme à partir des fonctions
réellement remplies par les services logistiques :
- Dans les entreprises, la logistique est le plus souvent l'activité d'organisation des transports et de la manutention pour la livraison des commandes avec assez souvent aussi le traitement des commandes. Dans la grande distribution s'y rattache aussi la gestion des magasins et platesformes d'éclatement.
- Dans l'industrie, la logistique recouvre les fonctions précédentes, les mêmes fonctions en ce qui concerne les approvisionnements et assez souvent des fonction de planification de la production.
- Dans les armées, la logistique recouvre dans tous les états-majors l'activité d'un bureau spécialisé dans les problèmes d'approvisionnements et de transport. On parle aussi d'activité logistique pour désigner celles de service de type matériel, intendance.
- Dans les administrations françaises, le terme logistique recouvre parfois toutes les activités non techniques de gestion des bâtiments, de nettoyage, de gestion des pool de véhicules.
Mais le domaine de la logistique est encore plus vaste. Avec la création de formations de haut niveau en logistique, les universitaires entraînent la logistique vers un élargissement progressif de son domaine jusqu'à assurer la gestion de tous les flux réels au sein de l'entreprise.
Il nous paraît donc qu'aucune définition n'est suffisante pour appréhender le champ conceptuel de la logistique. C'est seulement en refaisant l'histoire du concept que l'on peut mesurer le développement de la logistique et mieux comprendre son avenir.
Les origines militaires
Le terme logistique vient du mot grec « logos » qui signifie l'art du raisonnement et du calcul. Le vocable est apparu alors dans le domaine militaire au moment où l'on a tenté de rationaliser l'expérience acquise au cours des campagnes napoléoniennes : il fallait déplacer des effectifs importants d'hommes et de chevaux et de tout ce qui leur était nécessaire pour permettre l'application sur le terrain des décisions stratégiques et tactiques.
La guerre 1939-1945 a constitué un tournant de la logistique militaire. D'abord du simple fait que l'armée américaine a dû intervenir très loin de ses bases arrières avec l'obligation de faire appel à des transports maritimes ou aériens. Ensuite à
cause de quantités considérables de matières, carburants, vivres et munitions
nécessaires. La logistique, créée de toutes pièces par des réservistes qui venaient
de grandes entreprises, est devenue un des facteurs clés de la réussite militaire.
La logistique d'entreprise est apparue après la fin de la seconde guerre mondiale,
notamment avec la reconversion dans les entreprises, des spécialistes militaires en
logistique et avec la réutilisation de l'expérience acquise pendant la guerre.
Les origines de la pensée logistique économique
La pensée économique en matière de la logistique remonte aux Etats-Unis au
début du 20ème siècle. Les premières réflexions identifiées ont été menées en 1901
par Crowell. Le travail mené se concentrait sur les opérations de distribution
physique des produits agricoles. Du point de vue des domaines de la gestion, les
premiers écrits sont consacrés à la prise en compte de des aspects logistique dans
les opérations de marketing, essentiellement sous leurs aspects d'opérations
physiques par Clark en 1922. Un certain nombre d'écrits ont alors été produits sur
le rôle de la logistique dans la distribution physique avec l'application de méthodes
mathématiques (recherche opérationnelle). Mais c'est Heskett qui à partir de 1973
isole la logistique comme un domaine à part entière de la gestion pour ses enjeux
stratégiques et ses problématiques organisationnelles. Il définit en 1978 la
logistique comme le processus qui englobe l'ensemble des activités qui participe à
la maîtrise des flux physiques de produits, à la coordination des ressources en
cherchant à obtenir un niveau de service donné au moindre coût. Sous son
impulsion, toute une dynamique de réflexion va se créer aux Etats-Unis qui donne
lieu à une production significative de recherches et publications. Porter, en 1980,
dans ses travaux sur les chaînes de valeur, ira encore plus loin en identifiant la
logistique comme un avantage concurrentiel possible pour les entreprises.
La pensée française a essentiellement suivi le développement de la pensée nordaméricaine.
En 1972, le premier ouvrage qui marque la cristallisation de la pensée
logistique française est écrit par Kolb. L'approche proposée est consacrée aux
différentes techniques de gestion qui apportent des solutions aux problèmes
logistiques (modèles de gestion des stocks, de prévisions?). En 1976, Lambillote
fait une première tentative pour présenter la logistique dans sa dimension
fonctionnelle et organisationnelle. Mais c'est en 1983 que l'ouvrage de Mathe,
Tixier et Colin apporte une vision novatrice dans son approche de la logistique. Ils
proposent une approche stratégique et organisationnelle ne donnant plus aucune
référence aux outils qualitatifs d'optimisation de problèmes opérationnels. A partir
de cette date, les publications se sont intensifiées en France au rythme du
développement de formations dédiées à la logistique.
Le concept de logistique a évolué depuis, avec les évolutions des marchés et des
systèmes industriels
SOURCE: Mémoire de fin d'études
L'approche globale des relations d'échange de la logistique.
Delphine NOGUES